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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

quand le pouvoir se mèle de la pédagogie

Qu’est-ce qui lui prend, encore, au petit Nicolas ???
Ce blog n’a aucune vocation politique, mais là… En tant que Prof des Ecoles, ça me dérange, et c’est un euphémisme…
Bon, ça concerne sa nouvelle proposition, à celui qui nous fait office de président, et dont je n’écrirai pas le nom, on le voit assez comme ça, et tout le monde a compris de qui je parle.
Je cite : « Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui »

L’élève doit acquérir une connaissance de la Shoah, c’est dans les programmes, et cela je ne le discute absolument pas. Seulement, le professionnel compétent pour mettre en œuvre ce programme, c’est-à-dire, faire en sorte que l’enfant acquiert cette connaissance, c’est le Prof des Ecoles, qui est libre de sa pratique pédagogique. D’ailleurs, je m’en souviens, lorsque j’étais écolière, les enseignants nous sensibilisaient souvent à telle ou telle notion historique en partant d’histoires individuelles. Mais il ne s’agissait en aucun cas d’une injonction pédagogique qui leur venait de la hiérarchie. On n’est pas obligé, pour enseigner, de passer par l’émotion. Mais c’est tout à fait dans l’esprit de sa politique basée sur les effets d’annonce, les émotions, les larmes, la douleur, les réactions à chaud et la compassion mise en scène et surmédiatisée.
Et puis il y a une différence entre le fait d’entrer dans la connaissance d’un fait historique par le biais d’une histoire individuelle et l’idée de « confier la mémoire d’un des 11000 enfants français victimes de la Shoah ». Quelle est cette responsabilité qu’on ferait porter à des enfants de 10 ans ? Est-ce qu’on est toujours, là, dans l’éducation à la citoyenneté ? J’enseigne à des enfants qui ont pour certains des histoires familiales très lourdes, et il faut voir comment le poids de ces drames pèsent sur eux jusqu’à leur interdire le droit de se vivre eux-mêmes comme sujets. C’est dangereux de jouer avec les émotions des enfants, cela peut être même totalement morbide et destructeur. On ne décide pas de choses comme ça à la légère…
Et Darcos d’en remettre une couche : « créer une relation identitaire entre un enfant d’aujourd’hui et un enfant du même âge, qui, lui, a été enlevé, puis gazé ». En d’autres mots, c’est de la manipulation : forcer un enfant à s’identifier. En ce qui me concerne, pour des raisons éthiques, je refuse de faire une chose pareille. Bien sûr, je suis consciente de l’horreur de la mort de ces enfants et cela me révolte. Et je me dois de l’enseigner, afin que mes élèves aient connaissance des faits et qu’ils puissent exprimer à ce sujet un jugement moral.
Mais je n’ai pas le droit de leur imposer une « relation identitaire » avec un enfant mort. Les enfants sont sensibles aux paroles de ceux qui ont connu l’horreur de la Shoah, qui la racontent, qui en témoignent. Mais on est là dans le domaine du témoignage à valeur historique et pédagogique, pas dans celui du fantasme morbide.
Et puis il rajoute sur le ton du « passe-moi le sel », le Darcos : les élèves de CM2 feront « une petite enquête sur la famille, le milieu, les circonstances dans lesquelles l’enfant a disparu ». Qu’on m’explique comment gérer, sur les plans psychologique et pédagogique, le passage entre « la relation identitaire » et « l’enquête » qui nécessitera une prise de distance de la part de l’élève.
Une dernière chose : un pouvoir qui impose aux enfants de s’émouvoir, qui cherche à les impressionner, pour leur faire passer une idée, quelle que soit cette idée, pour moi c’est un pouvoir fasciste, totalitaire. L’émotion ne permet pas la distance nécessaire à la réflexion, à la raison, à l’acquisition de connaissances.
C’est quoi ce président qui se décrète, en plus du reste, pédagogue ?
Un mégalo ? Un inconscient ? Un dictateur ?

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jau_jacqueline 19/02/2008 11:02

Notre identité avant tout.Nos originess'inscrivent d'avantrésistent au temps,elles résident.Elles témoignentde notre authenticitéde notre passédans le durable.Elles sont notre mémoirenos traces dans l'histoire.Elles font ce que nous sommeset RIEN NE PEUT CHANGER PERSONNE..Elles nous rendent fidèles à nous mêmeselles sont cette permanenceet nous rallient à leur présence.Nous sommes de cette trempeinoxydable au tempscristallise notre histoireau fil du temps qui passe.                                                            Jackie

Dominique Boudou 16/02/2008 17:48

Heureusement que Simone Veil est intervenue. Et souhaitons que les maîtres de cm2 ne respectent pas cette consigne mortifère, culpabilisatrice...

Morgane 16/02/2008 18:31

Bonjour Dominique! Je continue à suivre la polémique, mais malheureusement, malgré l'intervention de Simone Veil, ainsi que celles de psychiatres et de psychologues, il persiste... Il pense savoir pour tout le monde ce qui est le mieux... Ben, ça me rappelle ce que disait mon père quand nous étions petits (mais alors c'était sous la forme de la plaisanterie...) : règle n°1 "le chef a toujours raison", règle n°2 "si le chef a tort, se référer à l'article 1"...

Martin Cadeau 16/02/2008 09:52

Bonjour Mademoiselle,Je vous approuve totalement. Quant aux trois questions finales, leur réponse commune est OUI, sans conteste, hélas !Bon week-end :)Martin

Morgane 16/02/2008 18:08

Merci Martin d'être passé par là et d'avoir laissé votre commentaire... Plus le temps passe et plus se vérifie la mégalomanie prévisible de notre président, et moins je comprends comment il a été élu...