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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

qu'est-ce que le deuil ?

Hier soir vous êtes venu remettre en ordre mes petits soucis avec Internet. On s'est un peu parlé, je vous observais à la dérobée tandis que votre regard fixait l'écran de mon ordinateur. Vous aviez exactement le même regard que lui, celui qui la mort a emmené. Celui pour qui j'ai une pensée chaque jour qu'il m'est donné de vivre. Celui que j'ai aimé, il y a longtemps, un autre temps. Un amour simple et partagé. Je ne vous reverrai certainement jamais, malgré tout, ce moment où vous étiez là avait quelque chose de paisible et de magique, l'illusion passagère que cet être cher n'a pas complètement disparu puisque je peux le retrouver dans un visage inconnu, parfois, par la grâce du hasard. J'aurais aimé profiter de votre présence un peu plus longtemps, mais c'est bien comme ça. C'est un deuil que je ne ferai jamais, je ne souhaite pas le faire, je crois qu'en moi la vie a davantage raison que la mort et la disparition.  Mais quelquefois, le poids de la vie est bien lourd à porter.
Qu'importe, je le porte.

Car faire le deuil de quelqu'un, est-ce accepter sa mort ? Accepter que plus rien de lui ne puisse se déployer nulle part ? Accepter que plus jamais je ne croiserai sa route ? Pour y parvenir il faudrait que je l'oublie, parce que je ne sais pas faire la part des choses. Celles et ceux qui sont dans mon cœur y sont en vie, mon cœur n'est pas un cimetière. Comment garder  en soi la présence vivante de quelqu'un tout en sachant pertinemment qu'il est mort ? Souvenirs et réalité s'affrontent, se mèlent et se superposent, il n'y a pas de chronologie dans l'amour. Je ne crois pas, au fond, qu'un tel travail de deuil puisse se faire... D'ailleurs, qu'est le résultat d'un travail de deuil ? Une tristesse paisible ? Un manque accepté ? En moi l'illusion de la vie vient combler la réalité béante de la mort. J'en suis bien consciente, c'est une fausse consolation. Mais comment pourrais-je avancer, sans cette consolation, alors que la mort d'un être aimé menace de me dévorer ?

Le travail du deuil... Travail vient du latin tripaliare qui signifie torture, deuil du latin dolere, souffrir... Torturer ce qui me fait souffrir ? Torturer ma souffrance ? Me torturer dans la souffrance ? Je n'ai pas ce courage, alors que je sais pertinemment que j'entretiens une sorte d'illusion pour rendre cette perte, et le poids de tout ce que je n'avais pas pu lui dire, à lui, supportable...  Je ne veux pas prendre le risque de chavirer à l'intérieur de moi, alors que ma vie n'a toujours tenu qu'à un fil... Entre la conscience de ma propre mort, et la sienne, effective, il n'y a qu'un saut à faire pour renaître enfin. C'est peut-être ça, le travail du deuil : renaître de la mort de l'autre. Renaître, s'en remettre...

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Dominique Boudou 01/06/2008 12:52

Est-ce le deuil de l'autre ou le deuil de soi que l'on fait ?

Morgane 01/06/2008 20:43



Serait-ce celui de ce qu'on avait partagé avec l'autre et qui était devenu constitutif de soi ?



Sophie 30/05/2008 10:29

On oublie bien les présents, on oublie mal les absents. Et n'est-ce pas la seule compensation qu'il y a à être mort, que de laisser une trace dans la mémoire d'autrui ?! Alors renaître de la douleur, oui, mais sans rien oublier.

Morgane 31/05/2008 11:33



 "Alors renaître de la douleur, oui, mais sans rien oublier."

Très juste... Mais c'est là toute la difficulté...

Merci Sophie.



w 29/05/2008 23:15

J'apprécie ton écriture. A bientôt sans doute (et merci pour le lien, j'en ai fait de même).

Morgane 31/05/2008 11:59



Merci W ! A bientôt, alors.