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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

internet : liberté ou muselière ?

Pourquoi les pouvoirs publics tiennent-ils tant à développer Internet, ce formidable moyen d'expression pour chacun ? Cette possibilité inespérée d'avoir son petit espace, sa case d'expression, à soi, et en plus, si facile à relier, par les systèmes des liens et des communautés, par exemple, à l'espace et aux idées des autres ? Je peux maintenant m'exprimer, posséder un support pour cela, visible par tous. Il s'agit-là, à priori, d'un excellent moyen de communication. Comme le téléphone, portable ou fixe, qui me permet de communiquer avec n'importe qui, à n'importe quel moment, et à distance... Mais communiquons-nous ? Car les mots, les textes, les idées, les images échangées sont dématérialisés, et particulièrement avec les blogs, nous sommes nous-mêmes dématérialisés. Si j'observe les choses de manière concrète, que se passe-t-il ? Plus personne ne bouge. Chacun est immobile dans le flot virtuel de toutes ces données numérisées. En poussant plus loin la métaphore, si le web est une toile virtuelle, nous n'en sommes pas les araignées, mais les insectes pris au piège. C'est le comble de la sédentarité, non ? Je n'ignore pas bien sûr le fait que moins de déplacements matériels signifie moins de pollution, et cela est plutôt une bonne chose. Mais qui sommes-nous derrière nos écrans ?

N'importe qui peut donner son avis sur tout. J'en reviens aux pouvoirs publics : n'est-ce pas un formidable moyen pour eux de diluer la libre expression en la cantonnant à la sphère individuelle... Diviser pour mieux régner... ? Sur le net j'ai accès à une telle quantité d'informations, une telle possibilité d'échanger des idées que cela me donne le vertige. Car toutes ces informations, toutes ces idées, comment en faire une synthèse ? Et sans synthèse, comment réfléchir et comprendre mieux ? Et sans comprendre, comment agir ?

Derrière mon écran, certes je m'exprime. Certes je partage des opinions avec d'autres humains qui s'expriment (euh... Après tout, petite question au passage : suis-je bien certaine que vous aussi êtes des humains...?). Derrière mon écran, comme tant d'autres, j'ai la possibilité de m'exprimer. Mais il ne faut pas oublier qu'en réalité je suis sagement assise, je consomme, je me divertis. J'ai une vie sociale virtuelle et sans risque dans un monde qui m'oppresse et qui est lui matériel. L'activité sur Internet nous dématérialise à plusieurs titres : nous sommes immobiles et nous y passons du temps. N'est-ce pas un excellent moyen pour l'Etat de garantir la paix sociale, même si partout, les citoyens grondent... ? Et à côté de ça, la presse sur papier n'est quasiment plus indépendante, malgré quelques journaux qui résistent encore, mais pour combien de temps ? N'ayez crainte, le système est bien verrouillé... Oui j'ai la liberté d'expression, j'y suis même fortement incitée... Mais la liberté d'action n'est-elle pas ainsi sournoisement muselée ? Je pose juste la question, et j'aimerais avoir tort, car je suis une utilisatrice d'Internet, et j'ai comme l'impression que c'est le seul moyen à ma portée pour m'exprimer. Ceci dit... Cela sert-il à quelque chose ? Et si le net était utilisé comme outil, et non plus comme sorte de fin en soi, c'est à dire « fin du moi » ? Mon blog est mon avatar virtuel, j'essaie d'y être le plus honnête possible. Certes. Mais je ne devrais pas en faire mon reflet narcissique. Internet est aussi un moyen de fédérer, il peut être utilisé non comme fin, mais comme moyen d'une action. Effective, voire collective. Il doit permettre la rencontre, la cohésion, et non nous en donner l'illusion.

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w 02/06/2008 01:05

Je suis 1000 fois d'accord avec toi... Internet a ce double aspect... Libre et insondable. Mais je ne vois pas ce média comme un exutoire à ma vie réelle. Je défends ici des idées d'une manière originale, anonyme et publique... Idées que je défends aussi dans ma vie de tous les jours. Mais il est impossible de trouver un tel porte-voix ailleurs. Pour autant, c'est bien dans ma vie réelle que mes actes comptent (je recycle, je réduis mes consommations d'énergie, de biens, je participe au NPA...), et je crois y être parfaitement en accord avec les idées que je défends ici. Je crois pas que ça me sédentarise, je ne suis pas un grand voyageur par nature.Bien sûr, on ne peut pas tout lire, et on ne peut pas non plus être lu de tous. Mais grâce aux progrès de la technologie, l'information est organisée, classée, de telle sorte qu'on peut la trouver, précisément lorsqu'on en a besoin. Imagine... quelqu'un trouve la solution a un problème, la Terre entière peut le savoir dans les minutes ou les heures qui suivent. Plus jamais personne n'aura à plancher sur ce sujet, parce que tous auront cette information à leur libre disposition. Et cette nouvelle information pourra servir à un autre pour donner encore une autre solution à un autre problème... qu'il partagera lui aussi. Et ainsi de suite... C'est le principe de la licence libre.Plus pragmatique, d'ores et déjà, on pourrait y publier les comptes des institutions et des grandes entreprises... comme au Canada, histoire que les citoyens retrouvent un peu confiance dans leurs dirigeants. Et puis, finalement, ce que je cherchais au départ en ouvrant un blog, c'était voir si quelques personnes étaient d'accord avec moi, et aussi entendre les arguments de ceux qui ne sont au contraire pas d'accord... Je me sens moins seul, et j'ai d'autant plus envie de défendre mon idéal. Ca me fait progresser chaque jour. Rien que pour ça, c'est une bonne chose.La liberté même à haute dose, ça ne sera jamais une muselière.Désolé pour le comm à rallonge, j'ai été inspiré.Tcho! :)

Morgane 07/06/2008 12:36



Bonjour W ! Et merci pour ce "comm à rallonge"...! J'ai mis un peu de temps à répondre car là où j'étais cette semaine je n'avais pas accès à Internet. Je pourrais
me servir de cette expérience de mutisme forcé pour répondre à ton comm que finalement, cet espace de liberté m'a manqué, ne serait-ce que parce que je ne pouvais pas te répondre. Ceci dit, j'ai
vécu d'autres choses, loin du web, dans un contexte relationnel très fort, j'ai eu à gérer des situations pas forcément faciles, de la fatigue, beaucoup d'émotions, avec des personnes dont le
vécu me fait relativiser le mien. Bref, du tangible, dont je n'ai pu profiter pleinement que parce que je ne pouvais m'isoler pour aller sur le net. Et pourtant, en rentrant j'ai très vite
rallumé l'ordi. J'ai eu besoin de retrouver ce monde-là. Comme toi j'accorde une grande importance aux actes de la vie quotidienne, je consomme peu, je trie, je récupère, j'utilise le
moins possible ma bagnole, etc. Et je ne pourrais pas faire autrement. Mon blog n'est pas un grand espace de discussion, mais je ne triche jamais lorsque j'écris. Ecrire de cette manière-là,
depuis un an et demi, me permet de mieux structurer mes idées, de voir un peu mieux où je veux en venir, et aussi d'être plus sûre de moi lorsque je les exprime, "en live", dans la vie de tous
les jours.
Je suis d'accord avec toi, bien sûr : "la liberté à haute dose, ce ne sera jamais une muselière". Mais ce que je crains, et c'est pour cela que j'ai eu envie d'écrire cet article, c'est que cette
liberté en question ne soit pas si vertigineuse qu'on le croit. Qu'elle pourrait être une illusion qui servirait des intérêts pas beaux à voir... Euh... Parano, la Morgane ? En même temps, c'est
à nous de savoir utiliser cette liberté consciemment et utilement.
A com' à rallonge, réponse à rallonge ! Na ! :)