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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

à l'ère de la traçabilité

Oui, l'informatique est une grande science. Oui, grâce à elle, j'ai accès à une infinité d'informations sur une infinité de sujets. Oui, grâce à elle, j'ai maintenant la possibilité de communiquer, « en temps réel » (tiens, au passage, qu'est-ce que le temps réel ?), avec le monde entier. Bientôt, si ça se trouve, je pourrai discuter avec mon chat ou avec les morts.
Oui, l'informatique permet d'économiser du papier et des déplacements matériels, ce qui est une économie d'énergie non négligeable. Oui, l'informatique est un formidable moyen de classer et donc d'avoir accès à l'information qui m'intéresse. Grâce à l'informatique, on a fait des progrès en médecine, en archéologie, en paléontologie, en physique, en biologie moléculaire, en astronomie, et dans d'autres sciences. L'informatique a aidé de manière considérable le cerveau humain... C'est incroyable, quand même, cette espèce humaine qui, non contente de se fabriquer des outils manuels qui la rendent plus habile, s'en est même fabriquer un qui lui permet d'être encore plus ingénieuse... Mais comme tous les outils, celui-là peut être utilisé à mauvais escient, à l'encontre du bien commun. C'est bien grâce à l'informatique que les places financières et l'économie de marché se sont développées jusqu'à devenir des mangeuses d'hommes. C'est grâce à l'informatique que les réseaux terroristes sont plus efficaces.

Et puis... Il y a la traçabilité. Je sais bien que mes empreintes numériques personnelles, laissées ça et là par les puces en tous genres que j'emploie n'intéressent pas grand monde, je ne suis pas, moi, personnellement, observée. Mes empreintes se perdent dans le flux d'empreintes laissées chaque jour par des millions d'autres puces. Mais quand même, s'il y avait une volonté, pour une raison ou pour une autre, de constituer la carte de mes déplacements, de mes achats, des lieux que je fréquente, de mes préférences, et bien ce serait possible, et cette idée m'est insupportable. Je n'ai rien de grave à me reprocher, certes. Mais je pourrais avoir à accomplir des actes illégaux que je considère pourtant légitimes. D'ailleurs, cela m'est déjà arrivé. Je pourrais avoir besoin de me cacher, de m'échapper, qui sait... Et puis, à défaut me la jouer héroïque, je ne veux pas faire partie, contre mon gré, d'un « panel de consommateurs », affinant les statistiques et permettant aux enseignes, quelles qu'elles soient, d'être commercialement plus efficaces, plus attirantes, davantage « au service » (mon cul...! Euh... pardon) des clients qui les hantent chaque jour.
Je n'ai pas de carte d'identité biométrique, juste un passeport « papier », valable jusqu'en 2011... Encore un peu de répit de ce côté-là. Je ne me sers de ma carte bleue que pour effectuer des retraits et je paye mes achats en espèces. Je n'achète quasiment jamais via Internet, et si je dois le faire, j'utilise de préférence mon chéquier, et tant pis si ça prend deux jours de plus ! Je n'ai plus de téléphone portable, évidemment, pas de GPS. Tout ça pour dire que j'essaie de laisser le moins d'empreintes numériques possibles, de brouiller, autant que faire se peut, ma traçabilité.

Et là, j'aurai résisté jusqu'au bout : le passe Navigo. Car ça y'est, ma petite gare de banlieue ne délivre plus de « coupon de carte orange », un petit morceau de carton magnétique mais anonyme. Dans les zones que je fréquente quotidiennement, il n'est même pas nécessaire de passer par des « tourniquets ». On se pointe sur le quai, son coupon en poche, et c'est tout. Ce sont les bons vieux contrôleurs qui font le boulot de vérification... Quand ils passent.
Avec Navigo c'est différent : je vais être obligée de le présenter systématiquement devant la borne de reconnaissance située sur le quai, et si le contrôleur passe dans le train, il peut vérifier avec sa petite machine que je me suis bien soumise à ce contrôle (sous peine d'amende...). Pourquoi, puisqu'il peut déjà vérifier de la même manière que j'ai payé pour la période en cours ? Et si je présente à la borne un passe non valable, il arrive quoi ? La borne me fout la honte devant tout le monde ? Provoque ma désintégration ?
Bien sûr, je peux avoir la version « anonyme » du passe. Mais elle est payante et offre moins de garantie en cas de perte. Carrément moins séduisante pour le voyageur urbain, moderne, pressé et high-tech qui emprunte chaque jour le réseau Transilien...  D'ailleurs la version payante n'est pas toujours proposée d'emblée, il faut un peu insister... Tiens, tiens, bizarre...
Quand même, pourquoi est-ce que je dois payer si je veux garantir ma liberté ? Ok, c'est cinq euros, c'est pas cher. Mais c'est pour le principe : en échange d'argent, je suis (un peu plus) libre. Affranchie, en quelque sorte.
Y a pas un truc qui choque, là... ?
Le système Navigo est déjà en place depuis longtemps. On nous avait prévenu que petit à petit la carte orange allait disparaître... Ce système nous a été imposé, à nous, le bétail traçable de Paris et de sa banlieue. Présenté comme un moyen plus pratique, plus rapide, plus fluide, plus efficace... de voyager ? Non, de contrôler.

Je vais prendre la version anonyme, puisque c'est le seul moyen d'être un peu moins traçable, à part celui de frauder... Tant pis. Mais je ne devrais pas avoir à payer pour.
Faut bien que j'aille bosser, pourtant.
Quoi que... ça aussi, va falloir y réfléchir...

 

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