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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

l'empirisme de tous les jours

Je lis, j'entends, je vois beaucoup d'indignation et de mécontentement autour de moi. A tel point que quand même, je me demande : qui a voté Sarkozy l'année dernière ? Et d'autre part, pourquoi ce n'est pas la révolution ? Evidemment, il m'est bien impossible de répondre à cette question qui appartient principalement aux domaines de la sociologie et de la psychologie... Encore que... Tiens, pourquoi autant de domaines de connaissances ? Pourquoi tant de cloisonnements, par conséquent ? Pour qu'un seul être humain ne s'avise pas d'avoir une réflexion trop synthétique ? Dangereuse ? Non, je dois être parano (et de fait, je le suis...).
Je vais quand même tenter une petite piste de réflexion, en partant de données empiriques, c'est tout ce que je possède, car je ne me considère pas comme quelqu'un de très cultivé, par rapport à ce qui peut exister... J'ai le réflexe du "penser par moi-même", au lieu de lire ce qui a déjà été pensé concernant les questions que je me pose. Bien sûr, je lis beaucoup. Mais c'est de la nourriture que je ne fais pas consciemment l'effort de synthétiser. Je lis, je comprends, et à l'intérieur de mon esprit, je laisse faire, cogiter, reposer, décanter. Je ne prône pas forcément cette façon d'être, je me trouve paresseuse, en fait. Je pourrais exploiter mes connections neuronales mieux que cela...
J'en reviens aux données empiriques.
Je suis une adepte des transports en commun, même les jours de grève. Ma voiture stagne depuis belle lurette sur le parking. Au départ c'était pour des raisons de simplicité volontaire et une logique toute bête : il y a un train ou un bus qui part d'un point à un autre, quoi qu'il arrive. Un point de départ qui est le même que le mien, et un point d'arrivée, idem. Que je prenne ma voiture ou non, il le fait. Alors pourquoi prendre ma voiture ? Evidemment, le trajet que j'effectuais en quinze minutes en bagnole, me prend maintenant une bonne demi-heure. Et alors ? C'est loin d'être du temps perdu : en voiture on conduit, quelle activité passionnante ! En bus ou en train, je lis, je pense, j'écris. Et surtout, et c'est là que je voulais en venir : j'observe. Mes yeux et mes oreilles sont grands ouverts. La population qui fréquente les trains de banlieue, c'est Monsieur et Madame Tout-le-monde, dans l'immense diversité que cela signifie. Je ne porte jamais aucun jugement sur personne. Non. Je scrute pour comprendre, j'essaie d'avoir des pistes sur ce que sont ces gens, ce qu'ils vivent, où ils vivent, qui ils sont, d'une certaine manière. C'est une activité passionnante, de l'empirisme à l'état pur, aucune observation ne ressemble à une autre. Je ne connais pas l'humanité à travers la télévision ni les reportages trafiqués et montés qui nous montrent les "gens" sous un éclairage particulier, nous obligeant à formuler des jugements. Mon oeil est ma caméra, rien n'est monté, tout est pris, et gardé en mémoire. De quel droit selectionnerais-je quoi que ce soit ? De quel droit porterais-je critique ou jugement sur ces gens qui m'apparaissent en bribes de leur vie ?
Dans les transports en commun que je fréquente, ligne C, personne n'est totalement indifférent à personne. Des sourires s'échangent, des saluts, on maintient la porte ouverte le temps qu'un retardataire se précipite dans le train. On aide la personne qui a un gros bagage ou une poussette à monter ou à descendre l'escalier. Il y a des jeunes, des vieux, des clodos pouilleux, des trentenaires high tech qui regardent un film sur un écran minuscule, des ados qui se bécotent, des dames qui tricotent, des gens qui se retrouvent et qui discutent le temps du trajet, beaucoup de personnes lisent. Des romans, des cours, des copies, des journaux. Je prends le train n'importe quand. Le matin, en journée, le soir, la nuit. Des actes d'incivilité ? J'en ai vu très peu. Pour ainsi dire, aucun. Ce n'est pas ce que disent les statistiques, et pourtant. La plupart de mes congénères ne sont ni des pervers ni des barbares. Déjà ça c'est rassurant.
Quel rapport avec ma question du début ? Pourquoi est-ce les gens ne réagissent pas davantage au mépris dont leurs dirigeants font preuve à leur égard ? Pourquoi est-ce qu'on laisse s'installer une société injuste, dans laquelle le peuple n'a plus de liberté sur des questions aussi fondamentales que la nature des aliments qu'il consomme, parce que le profit et le marché font main basse sur tout, le tout largement cautionné par les gouvernements en place ? L'économie capitaliste est un système très complexe, pour tenter d'en comprendre autre chose que ce qui nous touche directement (consommation et pouvoir d'achat, par exemple), il faut être capable et avoir envie d'une "méta" réflexion. C'est-à-dire s'élever au-delà de sa petite vie personnelle et se rendre compte que par exemple, en réclamant davantage de pouvoir d'achat, on réclame une baisse des prix qui au final rend la situation du producteur encore plus précaire. Je parle du producteur, celui qui "met les mains dans le cambouis". Celui qui, ici ou à l'autre bout du monde, produit la matière, assemble les objets, moissonne les cultures. Comprendre qu'en allant au supermarché tard le soir ou le dimanche, on cautionne une exploitation de certains humains par du travail précaire... Il faut faire un effort pour essayer de comprendre comment chacun apporte sa pierre au système, qu'il soit exploiteur ou exploité. Et, après tout cela, il faut synthétiser, comprendre le système en lui-même, c'est-à-dire sa structure. Le système est composé de "matière humaine", en cela il nous touche en tant qu'êtres humains, mais le système en lui-même n'a plus rien d'humain, dans le sens où il a depuis bien longtemps échappé à tout contrôle. Ce système, qu'on le veuille ou non, est pourtant parfaitement structuré, et cette structure, ce sont tous les liens, connections, lois, entente, échanges, formalités, contrats, discours politiques ou publicitaires, et j'en passe, qui existent entre les participants au système : nous tous.
C'est pour cela qu'il est si fort : il maintient des relations entre les hommes, relations qui apparaissent comme indiscutables (je pense notamment au système monétaire d'échange) parce que tellement répandues, habituelles, banalisées, que nous avons l'impression de ne pas pouvoir les remettre en question. Tant que tous les piliers du système n'auront pas été dynamités, ce système sera inébranlable. Le problème c'est que puisque l'humanité entière vit, souvent bien malgré elle, accrochée à ces piliers comme des berniques à leurs rochers, ce système lui apparaît comme vital. Comment survivre si nous mettons le feu à notre propre maison ? A moins d'avoir une autre maison où aller ? Ou d'accepter de vivre un temps dehors ? Le système en place a quelque chose de "sécurisant" (en disant cela j'ai le film Matrix qui m'arrive en pleine face, film que pourtant la majeure partie de ma génération a vu et adoré), l'être humain ne veut pas quitter sa sécurité, surtout s'il n'a pas connu, de son vivant, un autre système (encore l'empirisme). C'est-à-dire qu'il faudrait, au moins, pouvoir imaginer autre chose, non seulement l'imaginer mais le concevoir comme réalisable. Mais réalisable en combien de temps...? L'être humain ne sait plus patienter, imaginer une action sur du long terme... Et pour imaginer cette autre chose, il faudrait commencer par imaginer et réaliser de nouvelles connections, à la base, entre humains... de base. Comment faire ? Comment puis-je savoir si autrui, cet autrui-là, ce quidam que je croise dans la rue, a envie lui aussi de ces nouveaux types de lien ? Car une relation, quelle qu'elle soit, n'est à mon sens légitime que si tous les protagonistes sont d'accord et s'entendent... Par l'intermédiaire des blogs, ou des associations, des partis politiques, par exemple, c'est assez facile, je sais où trouver a priori, des gens qui pensent comme moi. Mais les autres ? Ceux que j'observe dans le train, à quoi pensent-ils ? Est-ce que je peux leur demander, comme ça, s'ils ne trouvent pas que ce système est vraiment pourri, et est-ce qu'ils sont d'accord pour imaginer et mettre en place autre chose ? Est-ce qu'ils sont obligés d'être en permanence reliés à un téléphone ou à un lecteur MP3, est-ce qu'ils peuvent bien arrêter cinq minutes de parler du match de la veille, est-ce qu'ils ont conscience du moindre de leur geste et de ses conséquences sur le reste de l'humanité, sur la nature...? Souvent j'ai eu envie de me lever et de poser ces questions à la cantonnade, de rompre le silence feutré et poli du wagon. Une fois, même, j'ai failli le faire. C'était là, ça cognait, mais mon corps n'a rien voulu savoir. Je suis comme tout le monde : paralysée, solitaire. Mais peut-être que chez beaucoup d'entre eux aussi ça ne demande qu'à sortir. L'indignation. La colère.  C'est bien, mais qu'en faire, si on n'a rien de mieux, enfin je veux dire, d'aussi construit, que le système en place, à proposer ? La prise de conscience, en soi, ne suffit pas. Nécessaire, mais pas suffisante. Réfléchir, c'est déjà commencer à se libérer de ses chaînes. Réfléchir par soi-même, essayer de comprendre au lieu de ne faire qu'écouter et répéter. Ne pas se laisser séduire par le capitalisme masqué en développement durable et en commerce équitable. Et, dans ses actes, retrouver une échelle de temps et d'action à tailles humaines, prendre le temps et inscrire sa vie dans le local, dans ce qui est proche de soi. Sa vie, ses besoins alimentaires, ses loisirs, ses relations... Déjà pour mieux se comprendre soi en tant qu'être humain, soulever un peu la coquille de la bernique... Reprendre les choses dans l'ordre, d'une certaine manière : vivre de manière plus empirique et réfléchir de manière moins empirique, justement, penser un peu plus loin que les évidences et les lieux communs, cultiver le doute, imaginer un autre système de rapports humains.

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eno k 04/07/2008 03:57

mais comme toujours, pour changer son mode de vie, ses habitudes alimentaire, il faut avoir le temps et l'argent necessaire... Certain ne font pas leurs courses le week end par loisir. Et en ce cas, si nous sommes obligé quotidiennement par un travail ereintant afin de pouvoir se loger et se nourrir, comment change t on de mode de vie ? Devient on revolutionnaire ? Chomeur heureux ? Bien sur, si toute notre classe moyenne en chute de pouvoir d'achat pensait à etablir une société plus juste et solidaire, s'ils se comportaient de manière responsable, eu egard aux moyens financier et au temps dont ils disposent, alors peut etre certaine chose s'arrangerait, peut etre que les lutte s'unifieraient et se globaliseraient... En attendant, il est toujorus bons de s'interroger sur ce qui laisse la possibilité a certain - moi y compris - de considérer tout ces problèmes structurels auquels nous participons quotiduennement: n'est ce pas que dejà, depuis longtemps, nous sommes inserer dans ce systeme, notre travail dont la remunération temoigne de notre merite social nous fait contribuer ineluctablement a la mécanique de desctruction de nos vies...

Morgane 05/07/2008 15:22



Bonjour Eno k, et merci de vous être attardé par ici... Il est vrai que se poser des questions existentielles est peut-être le privilège de ceux qui peuvent se le
permettre, ceux qui ont de quoi manger, un toit, des vêtements, un travail. Mais c'est étonnant comme la réflexion prônant une vie plus simple et plus sobre donne a priori l'impression que cette
vie coûte plus cher... Tous ces gens que j'observe, je me demande "quelles sont leurs préoccupations ?" Se demandent-ils comment consommer davantage ou bien comment mieux consommer ? Et que
signifie ce "mieux" ? Se loger coûte cher, il est vrai, j'en sais quelque chose. Mais se nourrir, pas tant que ça, malgré l'inflation. Cela dépend de quoi on se nourrit, et où on achète ses
aliments. Comment change-t-on son mode de vie ? Petit à petit, je crois, cela prend du temps, il faut trouver d'autres connections, d'autres réseaux d'échanges qui n'ont pas forcément pignon
sur rue et qui pourtant existent (Troc, achat directement aux producteurs, localement, par exemple) A ce propos, au risque de vous contredire, si, beaucoup font leurs courses le week
end par loisir, les zones commerciales sont comme des parcs d'attractions à entrée libre. A Evry, l'énorme centre commercial du centre ville s'appelle l'Agora... ça en dit long... Je suis
d'accord avec vous, "si toute notre classe moyenne en chute de pouvoir d'achat pensait à etablir une société plus juste et solidaire, s'ils se comportaient de manière responsable, eut egard aux
moyens financiers et au temps dont ils disposent, alors peut etre certaine chose s'arrangerait, peut etre que les luttes s'unifieraient et se globaliseraient..." Ce que je crains pourtant,
c'est qu'à défaut d'une prise de conscience en amont, par chacun, la situation ne pourrisse d'elle-même et ne nous laisse plus le choix, ce qui génèrerait de plus en plus de violence entre
les hommes, frustrés de l'arrêt de la société de consommation, violence à la place de cette nouvelle solidarité espérée... 



W 19/06/2008 13:17

Wow!! Chouette billet!! :)J'ai apprécié ta manière d'expliquer pourquoi les gens ont si peur de remettre en cause le seul système qu'ils connaissent et les problèmes que pourrait poser la transition d'un système à l'autre.

Morgane 20/06/2008 18:56



Comme tu en parles dans ton billet d'hier, d'ailleurs, c'est ce mode de vie, totalement lié, dépendant de ce système qui est à la base de la réussite du système.
C'est pour cela que je suis tellement sûre qu'en acceptant de modifier radicalement notre mode de vie, on pourrait porter atteinte au système, qui lui même est dépendant de notre mode vie. Cela
demande une vraie réflexion de chacun, et des actes, également. Faut pas se leurrer, ça va prendre du temps... Mais continuons à réfléchir dans cette voie... Merci W !