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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

CQFD

Péché dans le Canard de cette semaine :

Un incident près de chez vous
Un "incident". C'est curieux, chez Sarko, cette façon de s'asseoir sur les résultats de certains votes démocratiques. Le locataire de l'Elysée a ainsi qualifié le non de l'Irlande à son traité européen simplifié : "l'incident irlandais". Quel joli terme !
Dans la bouche de celui qui a déjà balayé d'un revers de main le non français au référendum européen de 2005, ce n'est guère étonnant. Ce qui l'est plus, en revanche, c'est que depuis un an Sarko passe son temps à justifier ses réformes en rappelant qu'il a une grande légitimité, fort des "53% de Français" qui l'ont élu. Or, 53%, c'est justement le score du non irlandais !
Alors, de deux choses l'une : soit un vote à 53%, c'est un triomphe, et le non irlandais en est un. Soit c'est un "incident", et l'élection de Sarko en est un.
Yes or no ?

Cela ne me fait pas trop rire, en fait. La malhonnêteté intellectuelle, je ne m'y ferai jamais. Jamais.

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Professeur L 26/06/2008 22:36

Bonjour, Morgane, toi qui as si bien lu Le Mal-Propre de Michel Serres, je m'étonne de ta réaction concernant l'Europe. La construction européenne, telle qu'elle a été en tous les cas pensée par ses pères fondateurs, Jean Monnet et Robert Schumann en tête, implique justement un processus de désappropriation. L'Europe naît en effet du pardon, de la reconnaissance des erreurs passées, du refus du colonialisme et de l'impérialisme, qui sont des formes violentes d'appropriation, et donc de pollution. L'Europe, c'est le refus du parasitisme social et politique, au nom d'une symbiose politique, qui prend la forme du partage de la souveraineté. Et comme l'explique si bien Michel Serres dans Le Parasite, Le Contrat naturel, le Retour au Contrat naturel, Récits d'humanisme et Le Mal-Propre, nous avons besoin de réaliser une symbiose politique, qui prend la forme d'une association supranationale d'Etats souverains comme l'Union Européenne, pour pouvoir instaurer une symbiose avec la nature : faire la paix avec les hommes pour faire la paix avec la nature. Comment réaliser une authentique politique environnementale, écologique, efficace, sans mettre en place une organisation supranationale d'Etats de droit ? Le problème environnemental dépasse les frontières stato-nationales. Il ne peut donc se régler qu'à l'échelle supra-nationale, et notamment par une fédération cohérente d'Etats souverains. L'Europe nous offre l'opportunité de réaliser le contrat naturel : faire la paix avec les hommes pour faire la paix avec la nature, et faire la paix avec la nature pour faire la paix avec les hommes. Quand on cite Michel Serres, qui, en tant que membre de l'Académie française, a relu, corrigé et approuvé le projet instituant une Constitution pour l'Europe, il faut être cohérent avec soi-même et aller jusqu'au bout de sa pensée, pour la traduire par des actes politiques forts. Tu prétends que le référendum est le seul vote légitime dans une démocratie. Est-ce pour cela qu'il est l'arme préférée des tyrans et des adeptes du pouvoir personnel, comme Napoléon ou De Gaulle ? Savons-nous seulement pourquoi le référendum est anti-constitutionnel outre-rhin ? L'Europe conçue comme libre association supra-nationale d'Etats souverains, associée aux progrès des technologies comme l'Internet, permet de passer de ce que Michel Serres appelle la "thanatocratie" à "l'égocratie". Mais cette "égocratie" n'a pas besoin de référendum. Car le référendum ne s'adresse pas à la personne. Le référendum s'adresse au peuple conçu comme une entité à part entière, comme si tout ce qui sortait du peuple était bon à prendre. Je fait le pari que si l'on organisait successivement un référendum sur la peine de mort, puis sur le RMI, la peine de mort serait rétablie, tandis que le RMI passerait aux oubliettes de l'histoire du progrès social. Faudrait-il pour autant accepter de telles régressions ? Rappelons-nous que le peuple est un concept qui, loin d'être révolutionnaire, prend racine dans la pensée romantique allemande que l'on classe à droite, voire à l'extrême droite, dans la mesure où ce concept a émergé et s'est développé pour contrer les concepts d'homme générique et de citoyen, contre les idéaux des Lumières et de la Révolution française. Ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy, influencé de manière très contradictoire par le souverainiste hégélien et néo-conservateur Henri Guaino et par le social-démocrate mou et eurobéat Jean-Pierre Jouyet, est très limité intellectuellement pour faire progresser l'Europe, qu'il faut nécessairement s'en prendre à l'Europe. Enfin, demandons-nous pourquoi les ultra-libéraux, les intégristes catholiques et les néo-conservateurs, dont les "idées" sont diffusées notamment grâce à la presse Murdoch, qui a appelé à voter non au Traité de Lisbonne, se félicitent du référendum irlandais. Je doute que cela soit au nom de la démocratie. Pour faire avancer l'Europe, notamment sur les plans sociaux et environnementaux, il faut en comprendre le projet, et renoncer définitivement au nationalisme et au souverainisme absolu, qui sont incompatibles avec la paix. Ce n'est qu'en acceptant le principe d'une souveraineté partagée, dont Nicolas Sarkozy, comme les opposants au Traité de Lisbonne, ne veut pas entendre parler, que nos revendications pour un traité social européen pourront se concrétiser par une volonté politique européenne en faveur du progrès social et des travailleurs. Fils et frère d'ouvriers et de chômeurs, diplômé comme toi en philosophie (maîtrise), mais également en géographie (licence), j'enseigne les lettres modernes dans le collège d'une ville particulièrement déshéritée, au coeur du bassin minier, à Auchel, dans le Pas-de-Calais. C'est la ville la plus violente de province. J'ai fait venir des étudiants ERASMUS, espagnols et bulgares, dans le cadre d'une séquence consacrée à l'explication et à l'argumentation et ayant comme fil directeur la question suivante : pourquoi les hommes font-ils la guerre ? Mes élèves étaient fascinés par ces étudiants qui les ont aidés lors de travaux de groupe que je supervisais. Après leur départ, ils m'ont demandé de les faire revenir. L'Europe, qui a financé entièrement les salles pupitres de mon collège classé REP, grâce à la FEDER et au Fonds Social Européen, représente pour mes élèves une source d'espoir, une clé pour l'avenir, grâce à ERASMUS bien sûr, mais aussi grâce au programme Leonardo et au Service Volontaire Européen. A la rentrée, je suis muté à Creil, dans l'académie d'Amiens. Je compte renouveler l'opération, l'intensifier, l'approfondir et l'élargir, en faisant venir par exemple Banlieues d'Europe ou des associations de SVE. Et plus je lis ou j'entends des critiques à l'encontre de l'Europe, plus j'ai envie de monter ce genre d'opérations. Car l'Europe, comme le disait Spinelli, ancien résistant anti-fasciste et fervent partisan de la construction européenne, ne se fera pas sans les pauvres et sans les ouvriers. Mais pour avoir une Europe sociale, encore faut-il accepter le principe d'une souveraineté partagée à l'échelle supra-nationale. Pas d'Europe sociale sans Europe politique, et pas d'Europe politique sans Constitution. Bien amicalement, Professeur L PS : si les Irlandais avaient lu le traité sur la Servitude volontaire de La Boétie, et par la même occasion, quelques extraits au moins des Essais de Montaigne, le meilleur ami de La Boétie, sur le cosmopolitisme par exemple, non seulement ils auraient voté oui au Traité de Lisbonne, mais ils auraient réclamé une Constitution pour l'Europe avec des droits pour le citoyen et pour le travailleur plus avancés.

morgane 27/06/2008 02:06



Bonsoir Professeur L, et merci pour ce commentaire que j'ai lu et relu avec beaucoup d'intérêt. Je crois que ce billet, CQFD, un peu laconique, ce qui n'est pas mon
habitude d'ailleurs, me fait passer à tort pour une opposante à l'Europe. Ce que je voulais dénoncer en réalité, c'était la malhonnêteté intellectuelle de Sarkozy dans son argumentaire. Rien
d'autre. Il n'était pas dans mon propos de dénoncer l'Europe. Je suis bien consciente que c'est parce que l'Union Européenne existe que je ne me suis jamais sentie menacée par une guerre avec nos
pays voisins (et j'ai tout-à-fait conscience que c'est un "privilège" des gens de ma génération). J'ai toujours adoré rencontrer des Européens, en France ou ailleurs, et sincèrement, je me sens
davantage Européenne que Française. Peut-être que mon tort est de penser que chaque être humain est suffisamment intelligent, potentiellement, pour être altruiste et ne pas avoir besoin que des
dirigeants lui dictent la marche à suivre. Ce qui explique mon opinion sur le référendum, sauf que dans mon idée il faudrait qu'au départ chaque citoyen ait pu développer cette intelligence,
parce que cela lui aurait été permis et qu'il aurait été soutenu dans ce sens. Là c'est d'éducation dont je parle, en grande partie. Certainement que dans mon utopie je brûle des étapes. Car
puisqu'on parle d'Europe... Sur les plans politiques et économiques, je vois cela davantage comme des pays qui s'unissent pour être plus compétitifs dans la mondialisation. A l'intérieur de
l'Europe, certes nous sommes en paix, mais au niveau mondial cela m'apparait comme un rapport de forces entre l'Europe, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, pour ne citer qu'eux. Le problème
reste le même, au fond, si ce n'est qu'il se situe à plus grande échelle. Il y a toujours une lutte de puissances. Je sais, il faut bien commencer par quelque chose, la paix entre les hommes
prendra du temps, et la construction Européenne, dans l'idée de ses fondateurs du moins, en est une étape. Et peut-être que c'est trop compliqué pour que je puisse comprendre les rouages exacts
de la marche du monde tel qu'il est aujourd'hui. Moi aussi j'ai mes limites, intellectuellement je veux dire, et c'est cela aussi qui me fait violence. Pourquoi est-ce que c'est si compliqué (je
fais allusion à la complexité des traités européens par exemple) de vivre en paix avec les hommes et avec la nature ? A lire Michel Serres, pour en revenir à lui, cela paraît si simple : il
"suffirait", pour commencer, que chacun, intimement, se pose les bonnes questions... Enfin, c'est comme cela que je le comprends. Où se trouvent les liens et les connexions entre l'individu
lambda et les politiques choisies et menées ? Où se trouvent les liens et les connexions entre l'individu lambda et les propositions de réflexions philosophiques ? Où se trouvent les liens et
connexions entre les politiques choisies et menées et les réflexions philosophiques ? Je veux dire, à quels niveaux ces liens et connexions sont-ils tangibles ?



w 25/06/2008 13:59

Ce serait rigolo de lancer une pétition sur le thème "si les Irlandais revotent à 53% pour un traité européen, pourquoi pas les Français pour les présidentielles?!"... J'en fais un billet de ce pas...

Morgane 25/06/2008 21:56



Oui, tu as raison, une pétition, pour commencer... Pas mal comme idée, au moins pour faire prendre conscience que Sarkozy est soit malhonnête intellectuellement,
soit très con. Sérieusement, faut le faire. Merci W!



Madison 24/06/2008 22:41

Ca va même lus loin dans le ridicule cette histoire car il propose que les Irlandais revotent.On devrait donc revoter en France aussi non ? (pour l'election de Sarko je veux dire ;-p)

Morgane 25/06/2008 21:50



Il est vraiment grave ce type... On ne peut pas laisser quelqu'un d'aussi incohérent nous gouverner. Peut-être qu'on pourrait organiser des largages de livres comme
la servitude volontaire de la Boétie un peu partout en France... Nan, je délire, là. Ce serait trop beau.
Merci Madison!



martin 24/06/2008 19:30

Il ne faut pas s'y faire, jamais ! Et la combattre par tous moyens, même les plus petits. L'attitude des dirigeants sur ce non irlandais au traité est une ignominie démocratique à l'image du délitement général des classes politiques au pouvoir partout sur cette terre, hélas. Je fais d'un pierre deux coups en précisant que C. Vélot est intervenu il y a quelques mois dans ma commune. Le débat où intervenait aussi un pro-ogm d'un labo d'expérimentations local fut riche et très ouvert. Et très honnête intellectuellement, c'est donc possible !Bonjour Morgane :)

Morgane 25/06/2008 21:43



Quand la démocratie n'est plus qu'un mot dont se gargarisent les politiciens dont les discours sonnent toujours bien creux... Cet après-midi, à la manif', l'un des
intervenants (Attac) disait que le terme "démocratie parlementaire" était un oxymore... Suis bien d'accord avec lui. Le décalage entre ce que signifie réellement le mot "démocratie" et la
démocratie existante viendrait d'un malentendu constitutionnel... Le seul vote, à mon sens, légitime dans une démocratie, c'est le référendum. Mais les assoiffés de pouvoir au pouvoir s'assoient
dessus... Tiens, comme c'est bizarre...
Merci Martin!



jau_jacqueline 24/06/2008 11:01

Chacun a sa liberté d'opinionqu'elle s'exprime tant mieuxles irlandais ont leur raisonet nous, savons nous ce qui est le mieux?                                                            JackieRevenez à des thèmes plus proches de la pensée et la politique à force d'être médiatisée,sachons penser par nous-même

Morgane 25/06/2008 21:25



Je ne peux pas être autiste face aux médias, ce que je lis, vois ou entends interfère forcément avec mes "pensées par moi-même", qui, parce que le monde dans lequel
je vis m'importe, peuvent être aussi politiques... On ne sait pas forcément ce qui est le mieux, mais on peut avoir conscience du pire... Merci Jackie.