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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

qu'est-ce qu'une bonne réaction ?

Il est 15 heures, le train s'arrête. D'habitude je fais attention, lorsque je monte, à ce qu'il y ait d'autres personnes dans la même voiture. Là j'étais dans mes pensées, méditant cet excellent livre que je suis en train de lire et que je tiens dans ma main. Je monte à l'étage, j'aime bien, on voit mieux le paysage. Le train repart. J'ai à peine rouvert mon livre qu'un type d'une vingtaine d'années se dirige vers moi et s'installe sur le siège juste en face, ses jambes sont à une quinzaine de centimètres des miennes. On ne se connaît pas. Je réalise qu'il n'y a absolument personne d'autre que nous dans cette voiture. Pourquoi est-ce qu'il s'est assis là ? Je fixe son regard d'un air interrogateur pendant quelques secondes, je m'attends à ce qu'il dise quelque chose. Mais il me fixe lui aussi d'un regard étrange et sans expression que je ne comprends pas. Il ne me dit rien. Je ne le sens pas, mais pas du tout. Et là commence à monter en moi un truc que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. La peur. En une fraction de seconde m'arrivent dans le crâne les images d'un possible insupportable. Je finis par lui lâcher sèchement un « y avait pas d'autres places ? » et je me lève, je me dirige vers la porte. La gare suivante est à trois minutes, ça me paraît des heures. Je ne contrôle rien, j'ai le cœur qui bat à cent à l'heure, et je n'ai qu'une envie c'est que ça s'arrête. Il ne m'a pas suivie. Le train s'arrête enfin, des gens montent dans cette foutue voiture. Ça me calme un peu, je retourne m'asseoir. Et je me mets à réfléchir.

Qu'est-ce que c'était que cette réaction que j'ai eue ? Un truc quasiment animal, j'ai horreur d'être comme ça. Est-ce que j'ai eu la bonne réaction ? Dans un sens, oui : il ne m'était rien arrivé. Mais au-delà de ça ? Des psychotiques passant outre les codes habituels qui régissent ce genre de situation (en l'occurrence, les gens qui prennent le train ont l'habitude de ne pas se mettre si près les uns des autres lorsqu'il n'y pas grand monde), des psychotiques au regard différent, voire absent, j'en côtoie toute la journée dans mon travail, je suis habituée finalement à ce genre de comportement de la part de mes semblables. Peut-être que ce type voulait juste être près de quelqu'un, peut-être qu'il était juste angoissé par ce grand vide dans cette foutue voiture. Et si c'était ça, alors non, je n'ai pas eu la bonne réaction. Mais comment savoir ? J'aurais pu lui demander, au moins, ce qu'il voulait. Mais peut-être que si je lui avais posé des questions, ses réponses m'auraient fait flipper aussi... En fait, je n'ai eu cette réaction que parce qu'il n'y avait que lui et moi, ça je le sais, s'il y avait eu d'autres personnes je n'aurais pas ressenti cette peur, j'aurais été plus à même d'essayer de comprendre. Mais peut-être que ce n'était pas un gentil psychotique. Peut-être que c'était un pervers et là... Non je n'avais pas eu la bonne réaction non plus, le fait que je m'enfuie aurait pu générer chez lui un comportement hostile à mon égard... Qu'est-ce qu'une bonne réaction ? Peut-être que sans avoir tous les paramètres de la situation (c'est-à-dire, ce qu'il se passait dans sa tête à lui), je ne peux pas répondre à cette question. Ma réaction a été celle-là à ce moment-là, celle que j'ai sentie mais... En plus, lorsque je suis retournée m'asseoir, il n'était plus là. Pas moyen de connaître le fin mot de l'histoire.

Une réaction est-elle bonne ou mauvaise selon que son résultat est conforme ou non à ce que l'on escomptait ? Une réaction est-elle bonne ou mauvaise selon que les raisons qui la sous-tendent sont de bonnes ou de mauvaises raisons ? La peur de l'autre est-elle toujours une mauvaise raison à une réaction ? Avoir peur de l'autre c'est penser a priori qu'il a de mauvaises intentions, n'est-ce pas un préjugé de bas étage ? En même temps, ce qui est instinctif et pulsionnel dans nos réactions, dès lors que cela n'a pas de conséquence sur l'autre, est-ce condamnable ? Et puis-je remettre en question a posteriori une réaction que j'ai eue alors que je ne me contrôlais pas moi-même ? Si je ne m'étais pas levée, à ce moment-là, aurais-je été courageuse, altruiste ou inconsciente ?

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dominique boudou 29/07/2008 16:46

Parfois, avoir peur de l'autre aide à rester vivant. Du moment que ça ne devient pas une obsession, la peur de l'autre n'est donc pas forcément une mauvaise pensée. Je côtoie chaque jour des gens dont j'aurais peur en certaines circonstances, la nuit par exemple, avec un verre de trop.

Morgane 30/07/2008 16:10



Ce serait une question de circonstances, finalement, du contexte dans lesquelles nous faisons certaines rencontres... Et dans certains cas, le temps de réfléchir
posément n'est pas donné, et alors la peur instinctive nous éviterait le détour par le fait de "réfléchir avant d'agir"... Le problème se serait posé, dans mon cas, si après je m'étais mise à
éprouver une sorte de peur constante à l'idée de prendre le RER... Ce qui n'est pas le cas...