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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

l'insaisissable comme certitude ? (suite)

" Que veux-tu donc ? " Ainsi se termine l'éclairant commentaire d'Anne à mon billet. Cette petite question m'a interpellée pour plusieurs raisons.
Déjà, et c'est très étonnant, j'ai lu ce commentaire alors que je venais de passer un long moment avec une amie qui m'avait posé la même question. Et puis, parce que, au fond, il ne m'a pas été difficile d'y répondre. Comme tu l'écrivais, Anne, on attire à soi, à certains moments, certains évènements. Certainement parce qu'à certains moments davantage qu'à d'autres on y est réceptifs. Cette question du "que veux-tu ?" m'est posée aujourd'hui par d'autres parce que je suis à même d'y répondre. Cela fait des années que je cherche ces réponses, au fond. Des années d'instabilité, d'errance, de questionnements, d'aventures, de pérégrinations. Et quelques temps aussi que timidement je cherche à créer les conditions de réalisation de mes voeux... Timidement car jusqu'ici je me suis un peu retranchée derrière mes rêves et une forme d'inaction, que j'ai confondu avec du lâcher-prise. En réalité, je me trouvais dans un excès de confiance en l'avenir : il m'apportera ce que je veux, puisque c'est ça que je veux, cela ne peut être autrement... Une conception un peu "enchantée" de la vie, non...? En même temps, et pour expliquer cela, j'avais quelques blessures à réparer, d'où cette période de latence (salutaire à mon sens) que tu évoques, Anne.
Donc, un refuge dans l'ici et maintenant, forcément rassurant et désengagé, mais immobilisant, quelque part. Il me manquait quelque chose, je ne savais pas quoi. Il manquait quelque chose à mon raisonnement et donc à ma manière de conduire ma propre vie.
Avant je m'imaginais l'avenir de manière très précise. L'avenir arrivant, j'ai forcément été déçue, car il n'était pas conforme aux images précises que je m'en était faites. Petit à petit j'ai glissé alors vers ce que j'ai cru être du lâcher-prise. J'ai arrêté de "forcer les évènements" pour tenter de réaliser mes rêves. Je me suis mise à attendre que ceux-ci se réalisent.
Et, troisième étape. Maintenant. Plus de rêves mais des volontés. Et une orientation dans mes actes et mes décisions. Un chemin à prendre en particulier. Jusqu'ici cela m'avait fait peur. Parce que prendre un chemin voulait dire renoncer aux autres. Mais je sais maintenant que des chemins différents, plus tard peuvent se croiser, car c'est à nous de dessiner notre géographie intérieure...
Je suis de la génération des écrans, du zapping, de l'émergence d'Internet. Pendant longtemps je n'ai plus pris le temps. Le temps de lire, le temps de marcher, le temps de nager, longtemps, le temps de discuter de tout et de rien. Ou alors je vivais des moments d'euphorie et de débauche pour oublier l'angoisse du temps qui passait...
Notre rapport au temps, à l'intérieur de nous et le dessin de notre géographie intérieure (notre chemin de vie, d'existence) sont étroitement liés, comme le sont l'espace et le temps de la science. Lorsqu'on se met à consommer des images, des données, à se connecter de plus en plus à un espace virtuel, à zapper, d'un clic, d'une pensée à une autre, en ayant cette angoisse qu'on ne pourra  jamais ingurgiter toutes ces données, on perd la notion du temps, on perd sa propre conscience du temps, ne perd-on pas son temps finalement ?

Il faut "multiplier les expériences", comme le dit si justement Anne. Mais à un moment, vient le temps de choisir et de s'inscrire dans la durée, dans un chemin, ce qui implique forcément de renoncer à d'autres possibles. Car, si nous ne le faisons pas, tous ces possibles tellement attirants et porteurs d'espoirs ne finissent-ils pas par devenir des impossibles ? Des accès, des chemins éternellement potentiels ? La quantité des possibles m'a toujours donné le vertige, et du coup, l'insaisissable comme certitude, c'était d'une certaine manière, garder possible (et donc, quelque part, posséder) toute cette profusion de possibles. Et puis, aussi, ne pas prendre le risque de se tromper de chemin, en n'en prenant vraiment aucun.
Mais posséder des possibles, au fond, c'est ne rien vivre du tout.
Alors oui, je sais ce que je veux, cela me paraît clair depuis quelques temps. Maintenant je dois m'engager dans ce chemin, et en délaisser d'autres. Ouvrir une porte et entrer, au lieu de ne faire qu'en entrouvrir des dizaines, jeter un oeil, pour finalement rester à déambuler dans le couloir...
J'entre, je m'active, je décide de faire un pas. Mes autres pas m'emmèneront... Une chose dont je suis certaine c'est que je suis une marcheuse.
Jusqu'à la prochaine porte.
Jusqu'au prochain croisement.
Jusqu'à la prochaine latence...

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Anne 30/07/2008 23:53

Merci à toi pour ce billet (très éclairant aussi pour moi). Marchons alors... avec audace ! (PS: J'ai mis un lien vers ton site sur mon blog ?)  

Morgane 04/08/2008 11:44



Merci, Anne ! Et tant mieux si cette discussion nous a éclairées mutuellement...