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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

le postulat logique de la contradiction

Qu’est-ce qui pose problème au fond ? Qu’est-ce qui me pose problème ? Je ne peux supporter les contradictions. Contradictions générées par la superposition de chacune de mes convictions, sorte de maillage de mes lignes de réflexions, mais aussi contradictions générées par l’inadéquation entre ce que je pense, ressens, et ce que je vis, c’est-à-dire ma vie telle que je l’appréhende et la porte. Je vois cela comme une sorte de toile d’araignée en au moins trois dimensions, chaque nœud étant soit un accord, soit une contradiction. D’une part une dimension interne à mes réflexions, d’autre part une dimension qui concerne ma façon d’agir et d’être au monde, et au moins une troisième dimension : ma relation aux autres. Système pour le moins complexe. Ma quête est celle d’un accord parfait entre tous ces maillages. Je sais que la perfection n’existe pas mais il est toujours possible de tendre vers cela. Cela me rend exigeante, envers moi-même et envers les autres, aussi, ce qui est en contradiction avec cette bienveillance et cette compréhension que je cultive à l’égard de mes congénères… Je vais donner un exemple.

Cela fait quelques temps que je consomme de moins en moins de viande. Les évènements de ces derniers temps et mes nouvelles mauvaises fréquentations m’ont convaincue d’opter pour le veganisme. Etre vegan, c’est végétalien mais c’est aussi un engagement éthique, politique, ou philosophique, on appellera ça comme on veut. C’est lutter contre l’exploitation et la souffrance animale… Pour ma part il n’y a pas que ça. Etant donné qu’on trouve des protéines en quantité suffisante dans pas mal de végétaux, il me parait plus logique de nous en nourrir nous-mêmes plutôt que nourrir du bétail voué à l’exploitation et à la mort… Sans compter qu’il y a forcément une déperdition d’énergie lorsqu’on se sert des céréales pour nourrir des animaux : on ne peux pas consommer en viande toutes les calories qui ont été nécessaires pour élever l’animal… Appauvrissement pour rien des ressources naturelles, donc. Et sans compter la pollution générée par les élevages intensifs (qui sont quand même la majorité des élevages, vu la quantité de viande que l’humain consomme). Alors… Stop, je ne vois pas pourquoi continuer à manger de la viande (et poisson, lait, fromages, etc…), c’est trop égoïste, et ça je ne peux pas. Jusqu’ici tout va bien... Et cela pourrait être assez simple : je n’ai qu’à utiliser du lait de soja, à la place… Mais le soja est produit partout, sauf en France… Donc, le coût écologique du produit lorsqu’il arrive dans mon home sweet home… Ben ça craint. Donc pas de soja pour moi. Des lentilles, des pois cassés, des orties… Et puis je verrai bien, j’ai encore plein de « nouveaux » aliments à découvrir. Car en plus du véganisme, je refuse depuis longtemps toute forme de « sur-consommation », à commencer par les produits alimentaires industriels, transformés, ou venant de loin (bon, d’accord, le chocolat j’ai pas réussi à arrêter…), et à partir du soja, pour flatter ni vu ni connu l’instinct consommateur du Vegan, y a pléthore de produits. Bon, pourquoi je raconte tout ça, moi… ? Ah, oui, parce que ce maillage de mes convictions internes et intimes en arrive parfois à me compliquer la vie… Mais rien d’insurmontable, en tout cas en ce qui concerne cet exemple. En poussant plus loin, pourtant, si je regarde du côté du maillage relationnel, c’est moins évident. Car dans mes réflexions il y a aussi l’idée que tout radicalisme, extrémisme, est à proscrire. Je pense que l’on peut être vegan sans être fondamentaliste, le fondamentalisme c’est simplement un refuge dans l’obsession pour supporter la rigueur de la cause en elle-même. Je ne ferai pas du veganisme une religion… Je ferai « au mieux ».  Je refuse le communautarisme végétarien, en même temps ce mode alimentaire est militant, donc il a pour vocation à avoir un effet sur le monde… Mais pour cela il faudrait que davantage de personnes soient végan… Donc, je dois défendre mon point de vue sans pour autant perdre mon réseau relationnel de viandistes, ce serait dommage, ce sont des amis tout de même et je suis quelqu’un de plutôt tolérant… Mais comment puis-je m’asseoir à la même table que ceux qui cautionnent ce contre quoi je me bats ? C’est là toute la complexité de l’action militante par la consommation (et son boycott), dans notre société où le plaisir est censé se retrouver dans tout acte de consommation. Ce plaisir qui est confondu à tort, à mon sens, avec l’épicurisme… Le plaisir, enfin, à en croire les publicités, c’est même à des orgasmes qu’il faut s’attendre en consommant… Donc… Pour préserver le maillage relationnel et mes liens affectifs, je dois faire des concessions… Et les concessions que l’ont fait ne sont-elles pas des formes de contradictions que l’on s’impose à soi-même… ?

Ah, si tout le monde était comme moi !!! Je plaisante… Encore que… Cela ne vous simplifierait-il pas la vie, à vous, si tout le monde pensait et vivait comme vous ?

 

Alors me vient une dernière question, finalement : les contradictions sont-elle systématiquement à combattre ? Pourquoi est-ce que je pars du postulat que je ne peux accepter pour moi-même aucune contradiction ? N’est-ce pas un pur formatage sur mon cerveau opéré pendant toutes ces années où je suis restée assise sur les bancs de l’école cartésienne occidentale ? Cependant, si je remets en question ce postulat, jusqu’à quel point puis-je tolérer des contradictions dans ma vie ? Pourtant… Il y a une chose qui palpite en moi depuis très très très longtemps, une idée que je ne remets pas en question et qui me pousse à agir, à aller de l’avant, et surtout, à évoluer : une vie philosophique, c’est vivre en accord avec ses réflexions et ses convictions…

Est-ce cependant la contradiction qui est l’exact contraire de l’accord ?

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varna 30/11/2008 14:04

"" Mais comment puis-je m’asseoir à la même table que ceux qui cautionnent ce contre quoi je me bats ? ""
- Jusqu'où me faut-il être conséquent ? Dois-je privilégier ma façon de voir ou bien mes relations aux autres ? Après tout, mes choix de vie ne concernent que moi -  fuir mes dissemblables serait une façon de les accuser de ne pas être comme moi. J'aimerais voir mes idées se répandre dans le coeur des gens. Leur dire comment pourquoi ? Mais que faire s'ils refusent, s'ils ne veulent pas "entendre raison" ? N'ai-je donc d'unité personnelle possible (paix, non contradiction) que de donner l'exemple ?

Morgane 07/12/2008 20:42



Bonsoir Varna ! A ce sujet, ce que j'apprécie en fait c'est que mon "comportement alimentaire" pose question, suscite des réactions, et c'est toujours la discussion
qui m'intéresse... Bien évidemment je ne suis pas fondamentaliste, le véganisme n'est pas une religion, chacun est libre de faire ses choix... Tant qu'on ne met pas de force un animal mort dans
mon assiette, je reste sociable...



martin 08/10/2008 11:06

Cet habit, je le concevais bien comme une peau donnant de nous cette image conçue par notre boîte noire, nous sommes d'accord !Bonjour Morgane :)

Morgane 23/10/2008 17:02



Bonjour Martin ! D'accord ? Pas tout à fait je pense... Pour moi il ne s'agit pas d'une image, mais d'un tissage interne. L'image est ce que nous donnons à voir, aux
autres, elle n'est jamais tangible, ni fidèle, ni entière. L'image est dans un cadre. Mais... Je m'adresse à un peintre, n'est-ce pas ? Alors peut-être que nous n'avons pas la même conception de
l'image... La discussion pourrait s'avérer intéressante, ceci dit... Mieux vaut ne pas être tout a fait d'accord alors !



montecristo 07/10/2008 21:27

bonsoir Morgane,Veganje t'informe dela création du MPL, mouvement de protestation des légumes. ne souffrent-ils pas eux aussi du sort qui leur est réservé par les humains qui entendent les consommer  minimum! qui va se préoccuper du sort de la la carotte,croquer toute crue(vivante), épluchée (écorchée), coupée en rondelles, ébouillantée, elle ne peut pas exprimer sa souffrance,...l'ortie peut se défendre un peu, elle,même si le combat est perdu d'avance.... bien le bonsoir !!!

Morgane 08/10/2008 11:13



Oupsss!!!
Tu m'ouvres les yeux, Montecristo !
Il faut que ces horreurs cessent !! J'arrête de bouffer !!!
En espérant que Dieu ou les extra-terrestres me viennent en aide !!!
Bien le bonjour à toi !
PS : Et je confirme, l'ortie se défend bien...



dominique boudou 04/10/2008 17:52

Les contradictions nous constituent comme être et l'accord parfait est introuvable. Je préfère un individu assumant ses contradictions à un individu dans l'illusion de l'accord parfait.

Morgane 08/10/2008 11:10



Bonjour Dominique !
Ne peut-on pas assumer ses contradictions tout en tendant vers un accord meilleur (puisqu'il ne peut être parfait) ? Et puis, les autres me renvoient souvent mes contradictions à moi
qui tente d'accorder mes pensées, mes paroles et mes actes. C'est étrange, d'ailleurs, comme argumentaire. C'est comme si on devait tout le temps se justifier, c'est épuisant,
alors qu'on est dans une quête, et qu'en tant que telle, si elle une dynamique de réflexion et d'évolution, elle n'est jamais inachevée. C'est aussi pour cela que je parlais de "postulat logique
de la contradiction", car il est difficile de suivre une logique pure lorsqu'on s'inscrit dans les actes, le changement, les relations, la vie, quoi ! Et par conséquent, renvoyer dans les cordes
une personne qui cherche davantage de cohérence en lui opposant des arguments purement logiques, c'est à côté de la plaque. Du genre : tu ne manges plus de viande pour des raisons écologiques
mais tu as un ordinateur portable. Oui, et alors ? J'ai juste le sentiment dans ces cas-là que c'est une manière d'éviter la discussion autour de mon choix de ne plus manger de viande, parce que
celui-là il est argumenté et renvoie forcément l'autre au fait qu'il n'a pas vraiment réfléchi à la question. Alors qu'au fond, c'est cette discussion-là qui m'intéresse et sur ces questions-là
je ne suis pas quelqu'un d'intransigeant...
Tout ça pour dire que moi aussi, je préfére certainement un "individu assumant ses contradictions à un individu dans l'illusion de l'accord parfait". Mais je dirais aussi que
beaucoup de gens projettent sur d'autres leurs propres illusions d'un accord parfait...



martin 01/10/2008 12:14

Je ne crois pas aux contraires mais aux complexités tissées de fils qui différent dans leurs couleurs, leurs sections, leurs souplesses, leurs dimensions et leurs matières. Leur ensemble compose un habit dont nous nous vêtons, cer dernier étant plus ou moins adapté aux saisons que nous traversons. Quant à l'accord il n'est qu'une décision, un choix auquel nous nous rendons sans savoir s'il est toujours le meilleur.Mais je ne suis sûr de rien, évidemment :)Bonjour Morgane :)

Morgane 08/10/2008 10:52



Bonjour Martin,
C'est marrant les représentations visuelles que chacun peut avoir sur ces questions "existentielles"... Pour moi il ne s'agit pas d'un habit, c'est quelque chose de plus intérieur, sous la peau,
c'est peut-être pour cela que je tiens tellement à ce que ce soit cohérent : on peut changer d'habit, mais on ne change pas sa propre matière, même si on peut la faire évoluer... Etre sûr(e) de
quelque chose ? Comment est-ce possible ? Avoir plutôt une intime conviction... La boîte noire au coeur du système, et qui n'engage que soi.