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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

et si la liberté était une conquête sur le réel ?

Mine de rien, la petite question de Dominique Boudou en commentaire à mon billet du 8 janvier me fait cogiter. J'ai bien envie de reprendre ici ces quelques lignes de Stig Dagerman, extraites de "notre besoin de consolation est impossible à rassasier", qui est en ligne en intégralité ici, d'ailleurs.

Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait - mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l'homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L'important est qu'il fasse ce qu'il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.
Je peux même m'affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l'idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu'elle constitue en me dispensant d'accrocher ma vie à des points d'appui aussi précaires que le temps et la gloire. Par contre, il n'est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l'oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c'est que l'homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l'homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C'est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l'oiseau et que l'animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden - mais où est maintenant la forêt où l'être humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? Je suis obligé de répondre : nulle part.
Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse à l'intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n'ai rien à opposer que moi-même - mais, d'un autre côté, c'est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté.

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lucia 08/03/2009 14:23

salut mon amie, où es-tu? je ne sais rien de ce qu'est la liberté, je ne l'ai pas encore rencontrée, ni éprouvée... donne-moi un petit signe!!! bisous, Lucia

Morgane 18/03/2009 18:01



Heureuse et fière d'être dans ton coeur en tout cas, comme tu es dans le mien... La liberté ne se laisse pas saisir si facilement, elle se laisse toujours remettre
en question, et s'échappe comme un animal sauvage... Mais elle reste ma quête, quoi qu'il arrive... J't'embrasse.



dominique boudou 12/02/2009 12:26

Beau texte. Mais il n'y a pas de liberté sans conscience. Quant à la mort, inéluctable, et c'est notre seule certitude, notre conscience et les mots sur lesquels elle s'appuie peuvent la circonvenir et la mettre à distance. Autrement dit, un espace de liberté peut naître de cette certitude. hum ! Un peu tiré par les cheveux. La philo est un art trop difficile.

Morgane 18/03/2009 17:55



Pas trop tiré par les cheveux en fait... Je crois que cette conscience de notre propre mort devrait nous rendre libres de vivre... Donc extraordinairement vivants...
J'en parlais là déjà...