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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

la société et les "fous"

Il y a quelques jours nous avions une réunion d'analyse des pratiques au boulot. Pour situer, je travaille dans un Institut Médico-Educatif qui accueille des enfants présentant des troubles du comportements et de la personnalité, la plupart sont déficients mentaux, certains sont trisomiques, ou psychotiques... En tout cas toute une population de futurs adultes que la société des gens "normaux" préfèrera ne pas voir... En analyse des pratiques, supervisée par une personne extérieure à l'institution, nous réfléchissons notamment au sens que nous mettons dans notre travail. Je vais essayer d'être concise pour expliquer le problème. Nous préférons ne pas considérer les enfants dont nous avons la charge comme des malades mentaux, mais plutôt comme des enfants qui présentent un symptôme, syptôme qui est l'expression d'une question existentielle qu'ils ne parviennent pas à exprimer, alors au lieu de la mettre en mots, il la mettent en maux. Cela peut prendre des formes très diverses, selon les enfants, comme une inaccession au langage par exemple, une déficience mentale, une psychose, une extrême inhibition, ou, au contraire, une tendance à l'exhibition. Dans tout les cas, un symptôme qui a pour conséquence, pour eux et pour leur famille, une rupture du lien social. Nous qui travaillons avec eux, à quoi servons-nous, au juste ? Si nous cherchons à faire disparaître le symptôme, nous nions d'emblée l'individu en l'empêchant de s'exprimer, mais si nous le respectons totalement en tant que tel, nous interdisons en quelque sorte à l'enfant l'entrée dans la communauté sociale, il n'est pas un citoyen à part entière, car il ne respecte pas les codes que la société s'est créé. Mais pour autant, représente-t-il un danger pour la société ? En outre, n'est-ce pas à la société de changer son regard sur ces personnes différentes mais cependant extrêment intéressantes car révélatrices de certaines violences que la société peut faire aux individus ? N'est-ce pas la société qu'il faudrait éduquer, au lieu de vouloir à tout prix socialiser ces enfants ? Notre intervenant, M. Rinaldi, nous faisait remarquer à juste titre qu'en tant que professionnels nous avions un rôle extérieur à l'enceinte de l'Institut, en portant un message sur ce que sont vraiment ces personnes dites handicapées afin de faire évoluer les mentalités, chacun à son niveau. Donc nous aurions un double rôle, celui d'aider ces enfants à s'intégrer dans la communauté, et celui de changer la communauté pour qu'elle reconnaisse ces personnes en tant qu'individus à part entière, avec leur différence. En poussant un peu, on pourrait dire que nous aurions un rôle de réconciliateur. Nous aurions pour tâche de faire se rencontrer et s'accepter mutuellement la société et les fous qu'elle génère... Et, au-delà de cette question, quel est le rôle du fou, du marginal, du hors-la-loi, dans une société qui impose des normes ? Et comment juger de la légitimité même de ces normes ? Peut-on décider à la place de quelqu'un de ce qui est bon pour lui, sous prétexte que cela le placerait dans la norme ? N'y a-t-il pas une distinction à faire entre le "hors-norme" et le danger ?

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Valerie 26/01/2007 18:22

Bonjour Morgane,
je respecte vraiment ce que tu fais, ton travail doit être vraiment difficile, éprouvant moralement. Je comprends complètement ton texte, et il est vrai que nous avons tous tendance à vouloir mettre des normes partout, mais qu'est ce que réellement la normalité? N\'avons nous pas tous une certaine définition de la normalité? Je suis gardien de la paix, et j'ai travaillé avec des enfants victimes, eux ne se sentent plus vraiment normaux après certains sévices, parce qu'on les met dans la case enfant vicitme, du coup il est très difficile pour eux de se reconstruire. Mais pour revenir à la communauté, le jour où nous arriverons à faire changer les mentalités n'est pas encore arrivé, hélas, car les gens sont de plus en plus individualiste, conformiste, et normaliste, et égoïste. Le jour où le monde aura arrêté de mettre chaque chose et chaque personne dans des cases bien précises, on aura fait un pas énorme pour l'humanité toute entière!!! Sincèrement ;-)

Morgane 26/01/2007 19:57

Bonjour Valérie, et merci pour ce commentaire! Tu me parles de difficulté, mais j'imagine que pour ton travail à toi c'est encore plus dur, car dans mon métier, les normes sont avant tout morales, finalement, une bonne partie reste à l'appréciation de chacun, mais en ce qui te concerne, il s'agit principalement de lois, non ? Et  je pense que tu es quelqu'un qui agit "en son âme et conscience" et c'est le plus important (mais également le plus difficile)! Le problème avec les normes, quelles qu'elles soient, c'est que d'un côté elles nous privent d'être ce que l'on est, et donc de liberté, mais d'un autre côté, elles semblent être la condition d'une vie en société... Alors tout le problème est la légitimité de ces normes, à un moment donné dans une société donnée...