Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

travail humanum est

Cela fait plusieurs jours qu'une envie de réflexion sur le travail me trotte dans la tête. Dieu dit à Adam :"Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l'épine et le chardon et tu mangeras l'herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol car c'est de lui que tu as été pris", Genèse 2. Soit ceci s'est réellement passé, soit l'homme a inventé cette histoire pour tenter de s'expliquer pourquoi il peine autant pour assurer sa survie, comme si la mort et le travail étaient les malédictions de la condition humaine. Toujours est-il que la question se pose depuis pas mal de temps : pourquoi travailler, qu'est-ce que le travail, est-ce un sens plausible à nos vies ? Et si l'homme s'est posé tant de questions, c'est que, contrairement à ce qu'on veut bien nous faire croire, le fait de travailler n'est ni évident, ni naturel : nous nous y sommes résignés. Alors, quel sens ça a tout ça ? Vaste question. J'ai été interpellée par ces quelques mots au début du programme de Sarkozy : " Je veux être le président de la valeur travail", avec en prime une belle opposition entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent dans l'assistanat. Un joli monde manichéen, où tout est tellement simple qu'il ne convient pas de poser des questions de fond mais de proposer des solutions à des problèmes bien exprimés. Mais il me semble à moi que le problème est loin d'être simple. Déjà, première question : pourquoi est-ce que je travaille ? Pourquoi est-ce que nous travaillons ? A en croire le programme sarkoziste : pour plus de pouvoir d'achat. Génial ! C'est fou ce que ça me botte, comme but dans la vie. Sacrifier mon temps et mon énergie dans cette vie qui me paraît déjà courte, tout ça pour plus de pouvoir d'achat ? Franchement, autant mourir tout de suite. Alors, éloignons-nous de ce discours trop simpliste, trop matérialiste, trop superficiel et trop consumériste. Mon but n'est pas de faire de la politique, mais de réfléchir au sens de la vie, à ce que je suis et non pas à ce que j'ai. Revenons à la Bible. C'est vrai que je préfère l'idée de travailler dans l'espoir de retrouver après ma mort un paradis perdu à celle de travailler pour consommer (et polluer!) davantage. Mais bon. Si le paradis n'était pas perdu mais inexistant ? C'est en cette vie qu'il me faut trouver du sens et de la motivation, et de la satisfaction. Je repensais à cette épitaphe gravée sur la tombe de mon grand-père (paix à son âme!) : "Travaille, c'est pour toi", c'est ce qu'il répétait à ses enfants. Et finalement je trouve que c'est une piste intéressante à explorer. Effectivement cela paraît austère comme principe d'éducation. Mais ça veut dire aussi que le résultat de mon travail m'appartient, que je fais des choses à ma propre échelle, cela représente une certaine maîtrise sur la vie. C'est plutôt existentialiste comme façon de voir la vie! Mais revenons donc un peu aux sources. L'étymologie du mot, par exemple, est peu réjouissante : jusqu'au XVIème siècle travailler signifie tourmenter et souffrir... Le latin populaire dit tripaliare pour "torturer avec le tripalium"... Travailler c'est souffrir, ou du moins, se contraindre, accepter des horaires, faire avec la complexité, les problèmes à résoudre, les responsabilités à endosser, sans compter le stress que tout cela génère! Je vois cependant au moins trois sortes de travail : un travail producteur de richesses matérielles, pour lequel on achète la force de travail du travailleur en échange d'un rémunération, c'est ce qu'on appelle "gagner sa vie". Le travail peut être également matériellement improductif, et ce travail-là est souvent dévalorisé, car il ne contribue pas de manière tangible à produire des choses utiles à la société : le travail social, la production artistique, par exemple. Et puis il y a le travail de chaque jour pour assurer soi-même sa subsistance et son confort, je pense là aux activités humaines des sociétés dites "primitives". Lequel de ces trois modes de travail est le plus supportable pour un être humain ? Cela dépend de ce que l'on recherche, du sens que l'on donne à sa propre vie. Personnellement j'ai besoin de faire un travail utile aux autres et satisfaisant pour moi, qui ne génère pas trop de pollution et donc pas trop de production matérielle. Mais produire ma propre nourriture, fabriquer mes objets selon mes besoins, cela me conviendrait aussi, moralement. J'ai besoin de morale, même dans mon activité de subsistance. En fait, surtout dans mon activité de subsistance. Mais notre société dévalorise les activités sociales ou artistiques, ceux qui travaillent dans ces domaines ont des satisfactions personnelles dans leur travail, ils donnent d'eux-mêmes, de ce qu'ils sont pour accomplir un résultat qui leur appartient humainement, alors on voudrait que ces activités soient plutôt bénévoles, "pour le plaisir", parce que travailler, j'y reviens, c'est culturellement forcément "souffrir". Dans notre société quantitative, il faut que le travail produise quelque chose de tangible, sinon c'est trop difficile à évaluer, à considérer, à apprécier à sa juste valeur... Voilà, j'ai l'impression d'avoir jeté là quelques réflexions mal articulées entre elles. Pour l'instant j'ajouterais simplement cet extrait du Gai savoir, de Nietzsche : " Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu'ils cherchent du travail à cause du salaire; pour eux, tout le travail est un moyen et non un but lui-même; c'est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu'il procure un gain abondant. Or il est des natures plus rares qui aiment mieux périr que travailler sans joie : ces hommes sont minutieux et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d'un gain abondant, lorsque le travail n'est pas lui-même le gain de tous les gains." Le travail uniquement en vue du gain est-il bien cette torture qu'il signifie originellement à travers le latin tripaliare ?

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

patrick hubert 12/03/2007 18:49

Hu mains !

Valerie 28/02/2007 06:23

Alors bon courage pour tes occupations et à bientôt!

Valerie 25/02/2007 09:56

Quelqu'un a-t-il vu Morgane??? Elle a disparu!!! ou peut être est-t-elle partie en vacances??? Ou peut-être elle est très très occupée!!!
Quand tu reviens, passe nous faire un coucou  ;-)
Sincèrement
Valérie  

Morgane 26/02/2007 17:47

Merci Valérie de t'inquiéter pour moi ! Désolée mais en ce moment je ne suis pas très bloggeuse, j'ai pas mal de choses à régler dans la "vraie vie", mais très bientôt je reviendrai parmi vous, amis de la blogosphère!!!
Merci de me lire !
à bientôt
Morgane

Dominique Boudou 20/02/2007 11:33

"Travaille, c'est pour toi". Il y a le travail pour soi et le travail pour les autres. Le second l'emporte sur le premier et s'appelle exploitation. Tant et si bien que le "pour soi" et le "pour les autres" se fondent. Et c'est l'identité qui trinque.

Valerie 17/02/2007 20:11

Bonsoir Morgane,
Lundi 12 février, j'ai repris mon travail après trois mois d'arrêt suite à une opération d'une hernie discale. J'ai eu énormément de mal à reprendre physiquement (debout 5h45 retour à la maison à 18h45), les journées sont très longues surtout quand il faut être au top le soir pour mes deux petits bouts de 3 et 1 ans!!! Alors, oui on a des vie de fous, et le problème c'est qu'on est obligé de suivre le courant sinon pas de moyens de survivre dans cette société de consommation, qui nous demande toujours plus. Donc, on se résigne à faire avec et de vivre au mieux avec les moyens qu'on peut se donner. Mais cela dit je suis d'accord avec ton texte, parfois le travail est une torture, parfois il est un moyen d'être connu et reconnu, maintenant tout dépend de notre métier, car ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients.
Je suis désolée de ne plus passer aussi régulièrement sur ton blog, mais travail oblige!!!! Eh oui!!!   
Sincèrement
Valérie