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Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

la bonne étoile

P1060417.JPGCe matin j'ai laissé mon camion au mécano de Moustiers Sainte-Marie et j'en ai profité pour faire une petite grimpette, histoire de me sortir un peu la tête du cul du lac de Sainte-Croix. Je prends du pain, une tome de Provence et de la tapenade dans une épicerie du village, et remplis ma gourde à l'une des nombreuses fontaines... Mmmm de la bonne eau de source des montagnes... Et puis je passe à l'OT pour être conseillée sur un itinéraire... Ouais j'veux du hard core qui grimpe sa race, ouais trois heures sur sentier difficile, et ouais j'ai des bonnes chaussures figure-toi madame qu'elles ont crapahuté en Australie celles-ci...

Voilà je m'élance sur le sentier qui mène à l'Etoile, celle qui est suspendue sur un cable tendu entre les deux pitons rocheux qui surplombent le village (pas sûre qu'on la voit sur la photo, trop fin et trop loin pour les pixels alloués ici). Première étape, la Chapelle de Notre-Dame de Beauvoir, célèbre pour les suscitations qu'on y pratiquait, c'est à dire que l'on y amenait les enfants morts-nés, et par un grand miracle de la Sainte-Vierge ils étaient ramenés à la vie un court instant pendant lequel on les baptisait. Quand j'étais en cinquième (ouhlàlà...) ma prof d'histoire-géo était une vraie conteuse plutôt caustique qui nous racontait l'Histoire et les histoires avec beaucoup de talent et je me souviens qu'elle nous avait donné la version historique et laïque de ce petit miracle... J'ai eu une chaleureuse pensée pour elle et pour le fait qu'elle ne nous avait pas raconté de carabistouille. Après quelques pas déjà mes chères pensées reviennent me tenir compagnie, amies fidèles et pétillantes de mes déambulations... L'impression que mon esprit se sent à l'aise et s'exprime dès que je me déplace. De temps en temps je me retourne et je regarde la masse de touristes en bas qui ne feraient pas l'effort de monter jusqu'à la Chapelle et de s'élever un peu... Raccourci facile et symbolique bien sûr, car on peut ne pas aimer la marche en montagne et quand même savoir prendre de la hauteur par les pensées... Je me disais aussi, symboliquement bien sûr mais j'adore les symboles, surtout ceux qui me concernent, comme des petits témoins et garants de la pertinence de mon histoire personnelle, donc je me disais que je devrais apprendre à m'arrêter en chemin sans que cela ne me dévie de ma trajectoire...

Après quinze minutes de grimpette mais sur sentier pavé, me voici à la Chapelle, qui porte un nom de philosophe alors je m'y sentais bienvenue même avec mes pensées métaphysiques dénuées de repentance.

Je suis maintenant aux portes de la Chapelle. Je vais entrer.

Je suis allée m'asseoir sur les bancs proches de l'autel, dans la pénombre et le silence. Un certain moment.

Amen.

C'est drôle, moi qui comprends des messages apportés par la vision d'un oiseau qui croise ma route, d'une araignée qui s'installe dans la pièce où je dors, qui peux écouter le bruit d'une cascade pendant des heures en rêvant du Cosmos, qui salue la Lune tous les soirs avant de refermer la porte du camion, qui remercie chaque fin de journée mes copains les chevaux pour leur coopération, qui entendait Norok me raconter ma propre histoire... Et qui me suis assise et recueillie maintes et maintes fois dans maintes églises, chapelles, cathédrales... Et bien je n'ai jamais rencontré Dieu dans sa maison. Rien que des pierres froides (et une bonne acoustique c'est vrai) et un gars qui ressemble à Jim Morrison, qui saigne  de partout et est en train de crever, avec sa mère qui le regarde impuissante... J'y vois surtout un symbole de folie humaine...

Je quitte la Chapelle par un sentier raide et escarpé, genre pour chèvres alpines, qui contourne le piton rocheux avec un bon dénivelé j'avoue je suis pas déçue. Limite Via ferrata, quand même. Et puis surtout... Per-sonne. Tranquille. Et la Montagne, des nouveaux paysages pour mes yeux, un petit voyage. C'est ça, j'avais besoin de prendre de la hauteur. Plus tard j'apercevrai le lac de Sainte-Croix tout en bas, au bord duquel j'ai passé les deux derniers mois sans vraiment pouvoir m'en extraire. Respirations... Inspirations... C'est pas compliqué de mettre un peu de paix dans son propre coeur, et c'est pourtant l'un des essentiels...

Après un ultime effort pour me tirer vers le haut je me retrouve... Bien au-dessus de la Chaîne, sur laquelle est accrochée l'Etoile... Je suis arrivée au sommet de ma petite balade... Et quoi? Comment se sentir autrement que bien dans ces cas-là? Je me rendais compte en chemin que lorsque ça monte, le peu de distance parcourue te paraît énorme quand tu te retournes pour regarder d'où tu viens... La magie des espaces en trois dimensions.

Je me suis assise à l'ombre pour casser la croûte, et puis j'ai pris le sentier qui mène à la Chaîne. Je n'ai pas touché l'Etoile mais je me suis retrouvée au même niveau qu'elle, avec le village de Moustiers tout en bas et les touristes qui regardent en se disant "Ah c'est haut, le gars qui a accroché ça il est monté haut, hein! Aller viens on va manger une crêpe... Ou une glace... Tu préfères une glace ? Y a quoi à visiter sinon par ici... La Chapelle ça fait un peu haut quand même"... Blablabla. S'cusez-moi.

Et puis je suis redescendue sur le village en empruntant la Voie Romaine. Magnifique. Là tu les vois les millénaires de marcheurs, marchands, romains, bergers, esclaves, pélerins, fantassins, cavaliers... Qui du pied, de la roue ou du sabot ont foulé cette voie qui serpente entre les Montagnes, et qui aujourd'hui encore relie Moustiers Sainte-Marie à La Palud.

Mes pensées vagabondaient vers l'Australie, bien sûr... Des pensées au sujet de cette densité de population tellement visible en Europe, et pourtant... Il est très facile de se retrouver seul en pleine nature par ici (même s'il ne s'agit pas de forêt vierge), parce que, si tu regardes bien, il te suffit de chausser tes godillots et de sortir de la ville. En Australie tu ne sors des villes que très progressivement, et ça te prend des kilomètres, sur des sentiers battus et re-battus, sinon c'est le noman's land... Et tellement plat comparé à  ce que je visite aujourd'hui... Mais avec des kangourous, des opossums, des koalas et la douce chanson des magpies, et le parfum des Eucalyptus... Ah, moi je l'aime l'Australie quand même...! Cette île-continent habitée en majorité par les descendants de ceux qui, contraints ou consentants, il y a deux cents ans environ, sont venus y éparpiller leurs trop-pleins, décimant au passage arbres et Indigènes, pour y élever des moutons. Des Indigènes qui, soit dit en passant, avaient su préserver et aimer cette terre tel un Paradis depuis tous ces millénaires qu'ils vivaient dessus.

L'Europe c'est différent. Partout tu peux voir ces couches d'Histoire qui se superposenP1060405t constamment... Dans les bâtiments, les maisons, les églises, les ponts, les pavés, les moulins, les affichages publicitaires du temps où ils étaient encore peints sur les murs... Toutes ces couches successives d'histoire et de temporalité humaines. C'est carrément une dimension supplémentaire dans mon regard sur les choses. Finalement la population européenne croît sur un compost géant, un mille-feuilles de milliers d'années de rebuts, de cimetières, de décharges et d'asticots qui digèrent tout ça.

Dans 60 millions d'années, quand ils auront tout digéré même les déchets radioactifs, ça donnera peut-être du pétrôle pour nos descendants. 

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gaelle suzon 05/09/2013 17:57


Merci Morgane de nous faire partager tes cheminements, pédestres et philosophiques.


Il me souvient être allée à Moustiers  il y a quelques années en moto...avoir levé la tête pour observer la croix, m'être dit "ah! c'est haut...."et peut-être même avoir mangé une glace(pas
sûr) puis être  redescendue au bord du lac pour profiter de la baignade!


Parce que je suis moi et parce que TU ES TOI, pourtant aux origines....