Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vielosophi & Cie

Vielosophi & Cie

Tentatives de réflexion pour vivre et agir en conscience...

libertés

C'est l'hiver. Le gel, le vent, la pluie, la boue. Et aussi les belles journées ensoleillées et ces paysages magnifiques de l'Aude où je suis posée pour quelques semaines. Les chevaux, les boxes, les pâtures, les trottings et les cavalcades à poneys, l'odeur du foin, des cuirs, les journées bien remplies dans la morsure du froid, le camion.
Vivre en camion demande une certaine organisation. J'ai fait ce choix il y a plusieurs années, et ce pour plusieurs raisons. L'une d'elles était une recherche de simplicité matérielle. Vivre avec l'indispensable, le nécessaire, mais aussi l'extraordinaire. Les bonheurs sont simples, mais vrais, quotidiens, et tangibles. Mon espace de vie semble restreint mais en fait il est immense, puisque je passe la majeure partie de mon temps dehors. J'étais, et je reste, en quête de liberté. Bien sûr elle n'est pas entière, bien sûr je suis soumise à une multitude de besoins, de contraintes, et la plupart de mes chaînes se trouvent en moi-même. Mais je commence à comprendre que, tout comme le bonheur, la liberté n'est pas une chose en soi, immuable et absolue. Disons qu'il y a ce concept de liberté qui oriente -je l'espère- mon chemin, mais il y a aussi la liberté immanente à mes actes particuliers, à mes sentiments, à mon état d'esprit. Comme le dit ce bel Anglais dont j'ai croisé la route : "freedom is a state of mind"... Tout comme le bonheur se décline en une multitudes de joies particulières que l'on sait retrouver dans les moments extraordinaires comme dans ceux qui paraissent insignifiants, la liberté est la faculté à se libérer peu à peu de ce qui m'entrave, dans toutes les circonstances de la vie. Par exemple, le fait que désormais, après toutes ces années de vie nomade, je me sente bien partout... Pourquoi ? Parce que je n'ai plus peur de l'inconnu... Bien sûr il y a une sorte de revers à cela : j'ai du mal à rester longtemps au même endroit, je m'empêche de m'investir quelque part... Non je ne suis pas affranchie du temps qui passe ni de la conscience de cette infinité de "mondes" à découvrir...! N'empèche, je travaille sur ce point et il me semble que cela avance doucement. Un autre exemple est ma résistance grandissante au froid. Moi qui était si frileuse il y a quelques années je considère maintenant le froid comme une sensation avec laquelle il faut composer mais qui me fait me sentir vraiment vivante. C'est comme si le froid à l'extérieur me faisait davantage éprouver la chaleur de mon propre corps... Je ne crains pas le froid (bon, je n'ai pas encore testé -40 !), et même, d'une certaine manière, je l'apprécie. Il est vrai cependant que mon camion est chauffé, je suis la plupart du temps dehors, mais là-dedans, il fait bien chaud.
Dans le camion il y a un poële à bois (j'ai pris la liberté d'en installer un, comme tous mes petits camarades nomades, bien que cela soit formellement interdit par les autorités qui savent toujours mieux que nous ce qui est bien pour nous), ce qui fait qu'en une heure, même s'il gèle dehors, je suis bien tranquille avec mes 25 degrés... Mais cela demande quelques efforts, et une certaine organisation. Je ne peux pas stocker une stère de bois. Alors une fois par semaine environ, je pars en forêt avec ma scie pour ramasser du bois mort que je débite en bûchettes de 30 cm. C'est du travail mais c'est une activité que j'apprécie. Pour la ballade en forêt, pour l'effort physique, et pour la liberté, tiens, justement. J'assume mon besoin de chauffage directement, sans transaction financière. Ce temps que j'y passe m'appartient, et le fruit de mon travail aussi. Du reste je ne dépouille pas les forêts puisque cinq ou six de ces bûchettes suffisent à me chauffer pour une soirée. Il y a bien sûr plusieurs façons de considérer les choses. L'argent rend libre en quelque sorte puisqu'il me permettrait d'acheter ce bois et de "gagner du temps". Mais pour avoir cet argent, je devrais vendre mon temps et mes efforts pour un travail qui ne m'appartiendrait pas puisque l'échanger contre de l'argent m'obligerait à "rendre des comptes" à quelqu'un d'autre. Bon je pourrais bien sûr voler cet argent ou bien jouer au loto. Le vol, après tout, c'est encore du travail, et puis pour beaucoup d'autres raisons je trouve cela illégitime. Quant au loto... Si j'ai de la chance je pourrai peut-être acheter du bois en 2015 ! Plus sérieusement, il me semble que je suis davantage libre si je ne dépends de personne pour combler un besoin vital tel que celui de chauffer mon lieu de vie.
Je suis en train de me dire que peut-être qu'avoir froid ne me dérange pas parce que je sais qu'il m'est facile d'être au chaud, si je le désire. Je n'ai pas à stresser pour me chauffer grâce à des sources d'énergie qui me dépassent techniquement (comme un chauffage électrique par exemple) et qui sont conditionnées au fait de posséder de l'argent, et donc à la nécessité d'avoir un travail... C'est comme si j'étais en train de tisser entre elles des libertés particulières... Au bout d'un moment cela me fera peut-être un vêtement ! Bien chaud, pour l'hiver !
Et sinon, dans la série "ça craint pour les libertés", on peut aller lire ça :

Sera-t-il bientôt interdit de vivre dans une yourte ?

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

suzon de soissons 09/12/2010 08:20



heureuse de te lire, preuve que tu as résolu la question du gel de l'encre!


et surtout de suivre ton cheminement qui comme toujours alimente ma propre réflexion et me rassure....un peu.


trés affectueusement, mentment!